La Lorraine - la Mer des Oursins




Pendant toute la période du Jurassique, une mer chaude, partie marginale de la Téthys, couvrait la Lorraine, située à ces temps-là sur la position du Sahara en Afrique d'aujourd'hui. En proximité du continent - de la Pangée, maintenant en train de se séparer dans nos continents comtemporains - il y avait des bas-fonds idéaux pour le développement de communautés récifales avec leur grande diversité biologique.

Le développement de ces structures récifales commençait dans le Jurassique moyen et se poursuivit jusq'au Crétacé. À côté des coraux, un élément très frappant de ces communautés récifales sont les oursins, dont notre région semble avoir bénéficiée de façon particulière.

Cette zone récifale s'étendrait du Jura Suisse dans le sud jusqu'en Angleterre, traversant tout le nord
et l'est de la France. En Lorraine, elle affleure avec ses gisements du Jurassique moyen entre les vallées de la Moselle et de la Meuse, tandis que plus tard, dans le Jurassique supérieur, elle se délocalise un peu plus vers l'ouest, autour de la vallée de la Meuse.

Dans les carrières sur les deux côtés de la vallée de la Meuse, ainsi que sur les champs entre ces deux vallées, il y a souvent de bonnes occasions pour découvrir des oursins. Une situation spéciale se posait lors de la construction du trajet du nouveau TGV-Est à travers de notre région, qui a ouvert sur certains endroits des gisements extrèmement riches en oursins d'une qualité exceptionnelle, rarement connue auparavant. Voilà ce que justifie le titre "la mer des oursins" au moins pour des parties de notre région.

En suivant quelques exemples d'oursins qu'on peut découvrir en Lorraine:


Acrosalenia hemicidaroides

Acrosalenia spec.


 
Holectypus depressus

Clypeus spec.

Clypeus plotii

Nucleolites clunicularis

Nucleolites spec.

Paracidaris florigemma

Paracidaris florigemma (radiole)

On peut diviser les oursins en deux grands groupes principaux: Les oursins réguliers et les ousins irréguliers. Le premier groupe montre une symmétrie radiale verticale, tandis que le deuxième a une pleine de symmétrie bilatérale. La bouche se trouve toujours sur les dessous de l'animal (sur sa face ventrale ou "orale"), mais la position de l'anus peut varier. Sur les oursins réguliers, il se trouve toujours verticalement au-dessus de la bouche, sur le cime de la coquille (sur la face dorsale ou "aborale") - un exemple en étant les espèces du groupe des Cidarides.

Mais sa position n'est plus constante sur les oursins irréguliers. Dans la plupart des espèces, il se trouve toujours sur la face dorsale, mais
plus jamais sur son cime. Il s'est délocalisé latéralement, parfois encadré par un sillon étroit - comme on le voit sur Clypeus plotii. Sur un petit nombre d'espèces, l'anus a migré jusqu'à la face ventrale, se situant donc à côté de la bouche, mais toujous dans une position plus latérale -  comme c'est le cas avec Holectypus depressus

L'évolution des oursins, commençant déjà dans le Dévonien (Ère Primaire), débuta avec des formes régulières, telles qu'on en retrouve dans le genre d'Archaeocidaris. Leurs fossiles sont extrèmement rares et chers. Leur première grande répartiton eut lieu dans le Jurassique moyen et supérieur, pour persister plus ou moins bien jusqu'à dans nos jours - d'autres périodes d'apogée étaient l'Éocène et le Miocène - Pliocène dans le Cénozoïque.

Les oursins irréguliers apparaissent pour la première fois au début du Jurassique, se dérivant de formes régulières. De telles formes transitoires se trouvent dans le genre d'Acrosalenia: Bien qu'ils soient toujours des oursins parfaitement réguliers, leur anus n'est plus excactement centré sur le cime de leur face dorsale, mais remis un tout petit peu à côté.

Un autre point distinguant est le revêtement en aiguillons et radioles. Les oursins réguliers possèdent deux sortes de radioles: Les grandes radioles primaires, parfois gonflées et en forme de quilles, attachées sur les grandes verrues de la coquile, et les petits aiguillons secondaires
aigus. Les oursins irréguliers ont abandonné ces grandes radioles primaires, n'étant couverts que par un revêtement dense en aiguillons secondaires. Pour cette raison leurs coquilles sont toujours plus lisses que celles des oursins réguliers.

Après la mort des oursins, les radioles et aiguillons se sont détachées
très vite de la coquille, c'est pourquoi que les oursins fossiles toujours avec leurs radioles attachées sont tellement rares.


Naturellement, la faune récifale ne consistait que d'oursins, même s'ils existaient en immenses nombres sur certains endroits. En bas quelques examples de coraux et de coquillages qui vivaient ensemble avec les oursins. Mais où sont les Ammonites? Le Jurassique, la Grande Période des Ammonites, sur ces endroits se passait-elle sans eux?

En fait, dans les biocénoses (les communautés écologiques) récifales, les Ammonites sont rares. Ils préféraient tous plus ou moins les eaux plus profondes (donc
calmes) et se fuiraient des récifs. Si on y trouve leurs fossiles, ils sont presque toujours très mal conservés, endommagés, en morceaux, etc. Dans les eaux agitées des zones récifales, la navigation était très pénible pour eux, résultant vite dans des blessures de leurs coquilles dûes aux collisions avec les coraux.

Les fossiles d'Ammonites qu'on retrouve donc dans ces zones originent des individus perdus ou de coquilles vides déposées dans les récifs par des courants marins forts.

Voici quelques exemples de la faune accompagnante aux oursins:


Isastrea bernhardina

Calamophylliopsis flabellum

Spongiaires

Pholadomya ovalis

Cossmannea spec.

Bélemnites

Brachiopodes

Parkinsonia spec.

côte d'un saurien

Tous les fossiles présentés sur cette page: collection Uli Siegel, Sarrebruck